Publié dans consommer, c'est voter

Cher(e)s ami(e)s je vous livre le résultat d’une petite réflexion. C’est un peu plus long que d’habitude mais en ce moment on a le temps de lire, non? Je vous embrasse fort, toutes et tous. Grégori BAQUET ( temps de lecture : 10 min )

L’art de la complexité et l’importance de la philosophie

Ou

J’suis curieux, y a qu’ça d’vrai

Diviser pour mieux régner.

Pourquoi cette maxime est-elle toujours d’actualité?

Plus que jamais d’ailleurs.

Longue est la liste de raisons qui peuvent nous pousser à haïr. La différence, la jalousie, l’ignorance, la peur en somme. Et cela depuis que l’homme à décider de s’installer dans un endroit et de le revendiquer comme étant son endroit.

Depuis que je suis en âge de comprendre ce qui se passe sur cette planète et surtout depuis que j’ai appris à décrypter et à ne jamais croire ce que l’on me raconte sans en avoir préalablement vérifié les fondements, même si cela est de plus en plus dur, je m’aperçois que nous sommes dirigés, gérés, entourés, gouvernés, guidés, présidés par des menteurs, manipulateurs, hypocrites, charlatans, imposteurs…

Bon. J’arrête là et je ferme mon dictionnaire des synonymes.

Mais enfin, nous en sommes là.

2020. Enfermés chez nous. Dans de plus ou moins bonnes conditions. Avec la seule occupation qui nous est permise, gratuitement, réfléchir.

Alors je réfléchis à ce monde binaire qu’on nous à donné à manger depuis bien longtemps. Bien avant que je naisse. Le monde du bien et du mal. Le monde de celui qui est d’accord ou celui qui ne l’est pas. Le monde de celui qui est heureux face au malheureux. Le riche et le pauvre. La belle et la bête.

Or notre existence est bien loin de pouvoir s’épanouir avec pareille simplicité. Non, le système binaire est celui de l’ordinateur, pas celui de l’être humain.

…000101010001…

Leibniz, son inventeur vers 1700 a créé une véritable machine à calculer. Il développait un projet de caractérisation universelle qui préfigurait la théorie des systèmes formels. Allan Turing s’est servi de ses travaux pour créer sa fameuse machine. Il fut le premier à comprendre l’importance de la numérotation binaire pour le calcul automatique. Ceux-là même qu’utilisent nos chers « Traders » pour jouer avec l’économie mondiale. Voilà. La pensée binaire est une invention extraordinaire pour tout travaux d’algèbre, de géométrie .

L’invention de Leibniz sert à peser toutes sortes de masses avec peu de poids et peut servir dans les monnaies pour donner plusieurs valeurs avec peu de pièces. Une invention incroyable, donc.

Mais lorsqu’un esprit humain se met à devenir binaire, il se met donc forcement à raisonner comme un ordinateur. Sans empathie, ni compassion. Ce qui fait pourtant de nous des êtres humains. Et depuis de nombreuses années, les dirigeants, présidents, directeurs de grandes compagnies, dirigeants des cultes et de tout ce qui peut rapporter beaucoup d’argent ont compris cette manière de pensée et d’agir.

Combien de fois avons nous entendu, soit dans un film, soit lu dans un livre, à la télévision aux infos, ou même dans son entourage, dire: « Soit tu es avec moi, soit tu es contre moi. »? Un peu radical, ne trouvez vous pas?

Vous me direz que ça n’est pas tout à fait vrai car, bien souvent maintenant, que ce soit pour un sondage, une élection, un devoir de math, le permis de conduire, j’en passe et des meilleurs, on peut nous proposer de répondre à un QCM , le fameux questionnaire à choix multiples.

Mais n’est-ce pas exactement les dérives d’un système binaire? Très bien, nous avons plusieurs choix, 4 généralement. Mais 4 n’est que l’extension de la binarité. Heureusement il existe souvent, mais pas de façon systématique, une case à cocher qui ouvre de possibles nouvelles perspectives. La case « Autre », encore trop rarement suivie de « Précisez ». Je coche généralement toujours ces deux cases-là lorsque je les ai sur mon chemin. Je peux alors expliquer quelle est ma vision des choses. Ma réelle vision personnelle, à propos de tel ou tel problème, puisqu’on me l’a demandé. Encore faut il avoir l’envie, les connaissances et le temps de se pencher sur ce que l’on veut vraiment, sur les moyens d’y arriver et sur d’éventuelles idées nouvelles à apporter au sujet. Ce sont des problèmes de riches, il est vrai. Je me suis déjà entendu répondre à ce genre de réflexion, « bah toi tu as le temps, tu es un artiste ». Soit tu l’es et tu as le temps de gaspiller ton temps, soit tu ne l’es pas et tu as d’autres chats à fouetter. Formidable, non?

De même lorsque vous répondez à une enquête de satisfaction. Cela nous est tous arrivé au moins une fois. Généralement nous ne recommençons que rarement l’expérience, persuadé assez vite que notre opinion ne change en rien la qualité d’un service. Même si vous argumentez, à l’aide de la case « précisez », au final, l’intelligence artificielle qui va décrypter votre réclamation, ne la prendra pas en compte.

La nuance n’est pas l’apanage de la binarité, comme vous pouvez le comprendre aisément.

Voilà pourquoi ceux qui ont les clefs du pouvoir pour modeler ce monde à leur fantaisie, ont voulu créer un monde binaire. Simple à utiliser, car n’importe quel idiot du village peut réponde à oui ou non. Avoir raison ou se tromper est la conséquence ultime de cette pensée binaire. Il est beaucoup plus compliqué d’avancer rapidement lorsqu’on a la possibilité d’avoir raison ET tort à la fois. Et bien oui, ce qui fait la beauté de notre espèce, c’est notre cerveau. Il nous sert à réfléchir. Il nous aide à nous éloigner de la simplicité idiote pour nous rapprocher de la simplicité intelligente. C’est aussi simple à mettre en place, et surtout simple pour en tirer des résultats, des conséquences rapides et efficaces.

Je me permets une petite parenthèse sur cette notion de simplicité idiote ou intelligente, j’aurais plutôt dû écrire destructrice ou constructive. « Bienheureux les simples d’esprits », « les premiers seront les derniers », ne veut pas dire qu’être idiot, inculte, indifférent ou ignorant vous garanti une place au paradis. Mais c’est ce qu’on veut nous faire croire, sans même que nous nous en rendions compte.

C’est pourtant tout le contraire. Ce qui nous garantit notre place au paradis, et j’entends par là, le paradis que nous avons déjà la chance d’habiter, je veux parler de notre corps d’humain ainsi que de notre planète. Notre place de ce paradis-là est garantie lorsque nous prenons la peine justement, de réfléchir. D’approfondir nos connaissances, de chercher, d’être curieux, sans fin. Et de nos jours, nous avons à notre disposition une quantité incroyable d’outils pour aider à cette quête du savoir. Si on le veut, on peut passer des jours à ingurgiter de la connaissance. Internet, est un puit de savoir sans fond.

Bon, il est vrai qu’internet, qui est l’une des mines principales du savoir commun, est accessible via, notre ordinateur. Alors attention. Attention au « Savoir Binaire ». Et oui, très vite une info peut être chassée par une autre. Son exact contraire généralement. Et nous revoilà reparti dans la simplicité idiote. Est-ce vrai, ou non? Vas-tu croire ce que tu lis ou pas? Vas tu ouvrir un nouvel onglet de recherche ou vas tu aller dormir enfin? De plus, cette attitude peut nous mener rapidement à déprimer, à nous apitoyer sur notre sort tant est grande la quantité de mauvaises nouvelles que nous pouvons croiser lors de nos recherches, mais…

C’est là que la philosophie entre en jeu.

La philosophie, un mot qui fait peur. Et pourtant, il n’y a rien de plus simple. Pas binaire, simple. La philosophie, c’est littéralement, « l’amour de la sagesse », « l’amour du savoir ». « La philosophie a pour vocation de rendre plus lucide, plus libre, plus intelligent peut-être, mais cela ne garantit pas, à la fin, qu’on soit plus heureux. Il ne s’agit pas de penser ce qui nous fait du bien, mais de penser ce qui nous paraît vrai.

À charge pour nous de transformer cette vérité en bonheur. » dit André Comte Sponville. Dans la pratique, être philosophe est de savoir, et continuer d’être heureux malgré tout. Forcément cela demande d’être aidé d’autres outils que sont la résilience, le pardon, l’acceptation… L’amour, tout simplement. Car un être humain (ou une situation) est la somme de toutes ces délicatesses, de toutes ces complexités. Le corps d’un être vivant est formé d’un réseau compliqué de nerfs, de veines, de muscles, d’os, de circulation électrique et autres liquides, et nous arrivons à nous en servir tout simplement et facilement. Ce n’est pourtant pas une entité simple.

« La conscience fait de nous des lâches » dit Hamlet, il a raison, mais justement, à nous d’y remédier.

Et pour se faire, il faut bannir la pensée binaire. Nos états veulent que nous prenions parti lors d’élections qui se termine toujours par oui ou non. Notre système éducatif veut que nous choisissions entre littéraire ou math, entre le système secondaire ou la vie active. Walt Disney nous à martelé le crâne en nous demandant de choisir entre le gentil ou le méchant, la princesse ou la sorcière. Notre vie est jalonnée de ces choix, en permanence. Et ceux qui ne savent, ne peuvent ou ne veulent pas y répondre sont exclus d’un sytème ou finalement le seul choix possible est: « Veux-tu exister dans ce système, ou disparaître? »

Tous le monde voudrait continuer d’exister, mais tout le monde n’a pas forcément envie d’adhérer à un système quelconque, surtout s’il est unique. Alors pour accélérer le mouvement, nos élites ont encore divisés le choix binaire en sous-groupe. Car même ceux qui veulent s’extraire du système ne peuvent malheureusement s’extraire totalement du choix binaire. Tu as un compte en banque ou tu ne peux pas utiliser l’argent que tu gagnes en travaillant. Tu as une maison à toi ou tu es un sdf. Tu diriges ou tu es dirigé. Tu tues ou tu es tué. Tu es heureux ou malheureux. Et si tu es malheureux, est ce que cela peut te rendre heureux ou malheureux. Choix infinis.

C’est ça, le monde idéal pour lequel nous disons OUI, tous les cinq ans. Et au final, qui réellement est heureux de vivre dans cette histoire? Personne. Même pas ceux qui ont imaginé ce scénario.

Alors à bas la simplicité, et vive la complexité. À bas la simplification perpétuelle qu’on nous assène en permanence. Les journalistes qui, en direct sur les plateau télé, disent à un expert, « simplifiez s.v.p. pour que tous le monde comprenne ».

Non !

Expliquez les choses. Prenez le temps de dérouler tous les arguments, toutes les possibilités, les tenants et aboutissants. Soyons complexes pour être simples. Utilisons les mots justes et tout le monde comprendra.

Car voici venir le cheval de bataille, l’arme absolue, l’exterminateur ultime, pour ce qui est d’abrutir les masses et de réduire la pensée à un choix basique:

La destruction de la langue.

Il y aurait tout un livre à écrire sur la manière dont on détricote sans arrêt notre façon de parler, d’écrire et du coup, de nous exprimer. Ma génération sait encore tenir un stylo et écrire en restant lisible des autres. Nous avions déjà troqué notre stylo contre le clavier d’un «traitement de texte» , qui n’est pas sans nous rappeler les machines à écrire qu’utilisaient les auteurs dont nous sommes fans. La génération de mon fils écrit déjà avec beaucoup plus de difficulté et à du mal à lire une écriture manuscrite, et se sert assez peu des ordinateurs pour écrire. Mais celle née après l’an 2000, non seulement n’écrit plus, mais ne cherche même plus à taper sur un clavier d’ordinateur. Ils parlent, à une entité numérique, et cette entité tache de le retranscrire avec des lettres. Adieu la grammaire, adieu l’orthographe et surtout enterré le vocabulaire, les mots, les adjectifs, les adverbes, tout ce qui fait de notre langue, et celles des autres pays, une boite à outils d’un richesse incroyable et qui nous permet de nommer, nos sensations et nos émotions, avec une grande précision. Et que dire des publicités abêtissantes, qui nous parlent comme à des demeurés ou à des bébés et cela, quelque soit le produit ou l’âge de la cible. Assurances, lessives, jouets, pompes funèbres, pâtes « des gno gno des ki ki, des gnocchis » …

Tout est bon pour appauvrir la langue, simplifier notre vocabulaire et nous ramener au niveau zéro de la pensée humaine. Car après il est plus simple de décider à la place de ceux qui ne comprennent plus rien. Quand tu ne connais plus que OUI et NON pour t’exprimer, le premier patron, chef d’entreprise ou homme politique qui vous lâchera un « peut être » fera naître en vous un abime de doute, d’incompréhension et vous plongera dans la terreur. Alors, il pourra joyeusement vous dire, « ne vous inquiétez pas, je vais résoudre ce problème à votre place, si vous votez pour moi. »

Et voilà comment nous scions nous-même la branche sur laquelle nous essayons de nous asseoir. Voilà comment depuis plus de 50 ans, on appauvri la langue française et que les jeunes des quartiers défavorisés, n’arrivent même plus à exprimer les souffrances autrement que par la violence. Voilà comment on se retrouve avec des partis politiques extrémistes qui vous promettent de vous protéger de votre peur. Alors que peur, il n’y a aucune raison d’avoir. Voilà comment on se retrouve avec des hommes politiques qui gèrent tout à notre place, sans que nous n’ayons notre mot à dire.

Voilà comment moi, comédien je me retrouve à être un des rouages les plus importants de cette machine implacable d’abrutissement de masse. Voilà pourquoi aujourd’hui j’encourage mes camarades artistes, créateurs, chanteurs, comédiens, producteurs à faire très attention à ce que nous proposons à notre audience. Nous sommes en première ligne pour faire pencher la balance. Depuis de nombreuses années j’ai participé à des feuilletons, des séries, des comédies musicales qui étaient déjà très simplistes. Lorsque j’en parlais avec tel ou tel auteur, réalisateur de mes amis, la réponse était toujours la même. « Bah oui mais si c’est trop compliqué, les gens vont zapper sur l’autre chaine ». Et depuis 30 ans, les créations artistiques sont devenus des produits, et les produits de plus en plus simplistes.

Alors voilà, arrêtons de zapper, faisons que cela ne soit plus possible car il est temps que tous les canaux disponibles pour diffuser de la culture, se préoccupent de le faire avec toute la belle complexité qui peut rendre plus intelligent, tout en divertissant.

« Oyez, Oyez braves gens. Soyez curieux. Sans cesse. Sur tout. Plus vous le serez, plus vous apprendrez. Plus vous aurez de connaissances, moins vous aurez peur. Moins vous aurez peur et plus vous saurez vous prendre en main, réfléchir et décider de ce qui est bon pour vous et pour le bien collectif. »

Ayez confiance mes amis, et n’ayons plus peur, car comme le disait Alfred Capus, « tout s’arrange, même mal. »

Grégori Baquet

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